A son Excellence, Monsieur le Président de la République du Sénégal

A son Excellence, Monsieur le Président de la République du Sénégal

juin 22, 2020 0 Par La Redaction

Excellence, Monsieur le Président de la République du Sénégal en cette période où le monde est
touché par la pandémie du coronavirus, nous saluons la démarche participative et inclusive dont
vous avez fait montre en consultant toutes les forces vives de la nation. Nous saluons aussi la
création du fonds Force Covid-19 destiné à soutenir la population et les secteurs les plus touchés
par cette pandémie. Nous vous remercions d’avoir bien voulu inclure l’Agriculture parmi les
secteurs qui ont bénéficié de ce soutien.
Ceci étant, vous n’êtes pas sans savoir que les agents du Ministère de l’Agriculture et de
l’Équipement rural (MAER) ont longtemps étaient laissés en rade quant à l’amélioration de leurs
conditions de travail et la revalorisation de leur traitement salarial. De nombreuses démarches ont
été faites par nos doyens auprès des autorités d’alors dans le but de corriger cette injustice que
nous vivions et qui continue jusqu’à présent. Cette jeune génération que nous formons a aussi
tenté de tirer la sonnette d’alarme pour attirer l’attention des autorités actuelles sans grand succès.
Mais il semblerait que seuls les grands Hommes soient destinés à corriger les injustices.
Le Ministre de l’Agriculture et son équipe semblent ignorer le travail que nous faisons au point
de dire qu’il existe d’autres voies de contournement pour disposer des données dont ils auront
besoin en cas de mouvements de grève. Alors Monsieur le Président attendez-vous à recevoir des
données statistiques colmatées et non fiables. Ce qui hypothèquerait toutes les décisions qui en
découleront.
Où en est-on avec le projet de restructuration du MAER initié depuis 2014 ? Entretemps
beaucoup de Ministères ont été réorganisés. Est-ce à penser que la prise en charge de ces
Ministères est plus urgente et utile pour le développement du pays ?
Que le Ministre de l’Agriculture soit un Professeur de Mathématiques ou un Agronome nous
importe peu. Ce que nous voulons c’est un Ministre et une équipe forte qui travaillent
consciencieusement pour la réussite des politiques agricoles de l’Etat. Des personnes fédératrices
qui respectent le travail des agents sans user d’aucune forme de pression ni de menace
inappropriée interdisant de quitter un quelconque poste de travail – pour observer une grève
légitime – sous peine de représailles. Nous voulons des alliés qui reconnaissent la valeur de

travail et défendent notre cause pour un meilleur traitement des agents tant sur le plan
professionnel que pécuniaire.
Ces autorités qui semblent diriger le Ministère ignorent-il le travail des agents de l’Agriculture ou
tout simplement nous méprisent-ils parce que notre travail est pour eux moins prestigieux, parce
que tout simplement notre centre d’intérêt c’est le travail de la terre et son développement ? Ce
qu’ils ignorent c’est qu’il n’y a aucun travail plus prestigieux que celui de ces agents de
l’Agriculture qui jouent un rôle de docteur au champ en aidant au développement, à la qualité et à
la préservation de ces plantes qui auront pour finalité de nourrir tout un peuple.
Alors, Monsieur le Président, puisque ceux qui sont à la tête de ce Ministère méconnaissent notre
travail au point d’argumenter auprès de votre haute autorité la pertinence de nous doter
d’indemnités bien méritées, vous pouvez juger par vous-même de l’importance et de la diversité
de nos tâches pour corriger définitivement cette injustice qui perdure et faire de ce fait plus que
vos prédécesseurs. Cette famille des agents de l’Agriculture que nous formons est composée pour
ne citer que ceux-ci : d’Ingénieurs Agronomes, d’Ingénieurs des Travaux agricoles, de
Techniciens supérieurs agricoles, d’Hydrauliciens, d’Enseignants-Formateurs, de Statisticiens,
d’Economistes, de Financiers, de Juristes et de Planificateurs. De manière ramassée, notre travail
consiste à définir et proposer des mesures de politiques agricoles répondant aux exigences
nationales, à contribuer à l’appui technique des producteurs et au renforcement des organisations
professionnelles, à faire des levées de superficie et à poser des carrés de rendement, à suivre
régulièrement la campagne agricole et de commercialisation, à accompagner les projets de l’Etat
dans la mise en pratique des objectifs fixés, à protéger les végétaux, à délibérer des certificats
phytosanitaires pour les exportations et les importations de produits végétaux, à contrôler et
certifier les semences, à suivre les ouvrages et infrastructures hydroagricoles, à collecter et
analyser les statistiques agricoles.
Ces tâches occasionnent beaucoup de risques, d’accidents fréquents de motos, de morsures de
serpents, d’inhalations de produits toxiques pour ne citer que ceux-ci.
Avec toutes ces charges de travail, et les risques encourus ne méritons-nous pas les indemnités de
technicité, de risque, de fonction et de logement que nous réclamons depuis belle lurette ?
Rien ne nous est facilité. Nous sommes confrontés à d’énormes difficultés pour accomplir
correctement nos missions de suivi des parcelles, un manque de véhicules en bon état pour les
missions de terrain, un déficit de moyen pour l’entretien des motos qui sont peu nombreux, des
bâtiments délabrés dans presque toutes les régions, un déficit de matériel de protection
phytosanitaire etc.
Faudrait-il attendre qu’on montre notre mécontentement en paralysant tout un système pour
qu’on puisse nous écouter enfin ? Non. Nous devons nous départir de cette façon de faire. Ces
braves producteurs dans les campagnes ne méritent pas ça. Les agents de l’Agriculture doivent-ils
être perpétuellement ignorés et laissés à leur propre sort ? Non. Nous ne méritons pas non plus ce
traitement. En effet comme de valeureux résistants nous avons toujours répondu présents dans le
champ du travail quelles que soient les conditions difficiles, la rudesse du labeur et les inégalités
dans le traitement salarial.

Pourquoi les Chauffeurs, les Assistantes de Direction, les Archivistes de notre Ministère doivent-
ils être moins rémunérés que les agents du même corps dans un autre Ministère ?
Pourquoi le salaire des agents de l’Agriculture doit-il être compris entre 130 000 et 230 000 F
CFA quel que soit le niveau d’études et de diplômes sans aucune indemnité de surcroît ?
A-t-on fait un mauvais choix en décidant de retourner à la terre par nos études universitaires et
formations diverses afin de contribuer à son développement de manière significative par nos
connaissances et notre expertise ?
Force est de constater que beaucoup d’agents sont en train de quitter le Ministère et certaines
recrues ne prennent même pas fonction vu les faibles rémunérations. Les agents de l’Agriculture
qui font moins de 700 personnes sont las d’attendre la satisfaction de leurs revendications.
Et pourtant la majeure partie de nos problèmes peuvent être réglés en interne. En effet notre
Ministère a l’un des plus grands budgets de ce pays. Ceci étant si tous les projets du MAER
étaient gérés et mis en œuvre en interne par les Directions et Services cela réglerait une bonne
partie de nos doléances. Sans oublier la restitution de tous les autres projets et programmes
relevant de la compétence du MAER et qui sont gérés par d’autres Ministères. Plusieurs pistes de
solutions sont encore disponibles en interne pour une sortie définitive de cet état de précarité.
Les autorités du MAER devraient désormais prendre leurs responsabilités et avoir une position
avant-gardiste. Ils devraient être plus soucieux de leurs subordonnés et ne plus être égoïstes.
Aujourd’hui plus que jamais nous devons unir nos forces et travailler main dans la main avec
dévouement et abnégation en évitant les frustrations et les injustices. En effet, nous n’accepterons
plus jamais d’être les agneaux du sacrifice.
Le nouvel ordre mondial dont on parle devrait être fondé sur la justice et l’égalité mais encore le
choix d’instaurer un climat de paix durable. Nous sommes fatigués d’être les grands oubliés de la
fonction publique, fatigués de subir cette injustice persistante. Nous avons fait plusieurs sorties
médiatiques pour nous faire entendre mais rien de concret n’a été fait. D’ores et déjà, nous
prenons notre destin en main pour nous battre pour la justice et la considération car rien ne pourra
plus arrêter cette masse de jeunes, d’hommes et de femmes qui sont prêts à lutter pour un avenir
meilleur.

Syndicat National des
Travailleurs et Techniciens
de l’Agriculture du Sénégal Dakar, le 22 juin 2020
(SYNTTAS)